Qui a inventé la linogravure ?

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Poursuivons notre dossier sur l’intérêt et la particularité de la linogravure en nous penchant sur ses origines. Qui a inventé la linogravure ? Cette technique de gravure n’existerait pas sans l’invention du linoléum, un nouveau revêtement de sol créé par Frederick Walton au XIXe siècle. L’idée de graver sur une plaque de lino pour réaliser des impressions émerge ensuite parmi un collectif d’artistes expressionnistes allemands, au début du XXe siècle. Ce procédé d’estampe, qui demande peu de matériel, est ensuite repris par des avant-gardistes européens. Éclairage.

L’invention du linoléum, matériau naturel et écologique

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Frederick Walton

Dès le début du XIXe siècle, des recherches sont menées pour développer un revêtement de sol qui allie confort, esthétique et hygiène. En 1860, l’écossais Frederick Walton découvre l’oxydation de l’huile de lin. C’est le déclic ! Il invente le linoléum, un revêtement de sol écologique et décoratif à base d’éléments naturels. À ne pas confondre avec les sols en PVC ou vinyle aux composés pétrochimiques. Outre l’huile de lin, le lino est fabriqué à partir de farine de pin, de poudre de liège et de résines appliqués sur un support en toile de jute. Résistant, durable et abordable, le linoléum emporte l’adhésion des particuliers, des professionnels… et des artistes.

Die Brücke, le collectif d’artistes allemands qui a inventé la linogravure

Fondé à Dresde en 1905 par 4 étudiants en architecture, Die Brücke (le Pont) est à l’origine de l’un des plus importants mouvements du XXe siècle : l’expressionnisme. Le quatuor veut rompre avec l’immobilisme du passé pour aller vers un avenir empreint de liberté et de renouveau. Il érige donc un pont entre art ancien et art futur, et grave son manifeste sur bois, déclarant la naissance d’une nouvelle génération.

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Pont en bois dans la forêt, Ernst Ludwig Kirchner, linogravure de 1906

Le collectif remet d’ailleurs au goût du jour la gravure sur bois et innove en gravant sur un nouveau matériau : le linoléum. La technique et les outils sont les mêmes : il s’agit de graver en taille d’épargne ou en relief (on creuse autour du dessin) avec des gouges. Puis d’appliquer l’encre au rouleau avant d’effectuer l’impression du dessin sur papier. Mais ce nouveau moyen de faire de la gravure sans presse s’avère plus accessible et économique.

Les artistes et l’art de graver sur lino

En Russie, Kandinsky, pionnier de l’art abstrait, expérimente la technique dès 1907 et s’exprime pleinement en couleur. En Angleterre, l’artiste Claude Flight adopte la linogravure en 1919 et y voit une forme d’art démocratique. Souhaitant transmettre sa passion au plus grand nombre, il enseigne et popularise la gravure sur lino à la Grosvenor School of Modern Art de Londres. Les artistes de l’école considéraient que tout le monde devait avoir accès à leurs œuvres, ajoutant une dimension sociale à leur révolution artistique. De nos jours, de nombreux musées prestigieux, tels que le MOMA (musée d’art moderne de New York), exposent leurs œuvres.

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Outils accompagnant le manuel « The Art and Craft of Lino Cutting and Printing » par Claude Flight

En France, Matisse et Picasso en font aussi leur terrain de jeu. Matisse s’adonne aux différentes techniques de gravure, dont la linogravure à partir de 1938, avec laquelle il ne s’exprime qu’en noir et blanc, à l’exception de 2 linogravures en rouge et blanc. Il privilégie la taille blanche, c’est-à-dire qu’il creuse les lignes de son dessin et épargne le reste, afin que ses motifs apparaissent en blanc sur fond noir.

Picasso explore toutes les possibilités de cet art artisanal. Il réalise d’abord des affiches pour des courses de taureaux ou des expositions. Puis, il applique la technique de la planche perdue (ou méthode de réduction). Avec la même plaque, il fait une ou plusieurs impressions par couleur, de la plus claire à la plus foncée. À chaque changement de teinte, il creuse la matrice à la gouge, jusqu’à ce que celle-ci soit « perdue », autrement dit inutilisable.

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